Bruits du monde : crise financière dont l'issue n'apparaît pas encore, conflits armés sur tous
les continents et nouvelles menaces de guerre ici et là, persécution des chrétiens dans les pays musulmans, hindous et communistes ; dans nos pays occidentaux et en France notamment : destruction
toujours croissante de la famille par la propagande homosexuelle et la théorie subversive du « gender » jusque dans les écoles, perversion diabolique de l'art pour étouffer la vraie culture ,
celle qui fait grandir l'homme et contribue au bien de la société, chômage en hausse, précarité, insécurité... Non, il ne s 'agit pas du tableau sombre présenté par un candidat à la
présidentielle promettant - enfin ! - le changement, mais c'est la triste et monotone litanie que débitent quotidiennement les journaux d'information. Tout le monde l'a constaté à l'occasion des
vœux des différents hommes d'Etat ou de partis, la période n'est pas à l'optimisme béat. Pour beaucoup 2011 a été difficile, et 2012 se présente sous un jour encore plus menaçant. Nous pourrions
ajouter encore aux malheurs des temps l'indifférence religieuse massive - « l'apostasie silencieuse » dénoncée déjà par Jean-Paul II – et jusque dans l'Eglise, la crise de la foi et de la
pratique, cette dernière n'étant que le reflet de la première. On en vient à se poser la question avec le psalmiste, non sans quelque appréhension : « Qui nous fera voir le bonheur ?
» (Ps 4,7).
Et pourtant au milieu de ces alarmes et des soucis (personnels, familiaux, professionnels...) que chacun peut porter parfois secrètement, l'Eglise répète encore et inlassablement la Bonne Nouvelle annoncée par les anges : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté ! ». Oui, une vraie bonne nouvelle traverse les cieux, toujours bonne et toujours nouvelle : Dieu est venu jusqu'à nous pour nous sauver. « Voici manifestée à tous les hommes la grâce de Dieu, notre Sauveur, elle nous enseigne à renoncer à l'impiété et aux convoitises mondaines, et à vivre dans le siècle présent avec tempérance, justice et piété, en attendant la bienheureuse espérance et l'apparition glorieuse de notre grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ, qui s'est donné lui-même pour nous, afin de nous racheter de toute iniquité et de se faire, en nous purifiant, un peuple qui lui appartienne, et qui soit zélé pour les bonnes œuvres » (Tite 2,11-15).
Cette bonne nouvelle doit retentir sur les toits et parvenir à tous les hommes, puisque tous sont appelés au salut dans et par le Christ. C'est ce que le concile Vatican II a voulu rappeler au monde d'une manière renouvelée (cf « Lumen Gentium cum sit Christus... »), et la célébration du cinquantième anniversaire de l'ouverture du dernier concile, le 11 octobre prochain, doit être l'occasion de le rappeler, non seulement au monde étranger à la foi, mais aux chrétiens eux-mêmes ! La Congrégation pour la Doctrine de la Foi vient d'ailleurs de publier une petite note intéressante pour orienter les commémorations qui auront lieu un peu partout, en donnant quelques lignes directrices destinées aux conférences épiscopales, aux évêques diocésains, et aux simples prêtres (cf infra).
Et comprenons bien que la joie de Noël est pour tout le peuple (cf Luc 2,10), pour tous les hommes de bonne volonté (Luc 2,14). Elle a été celle de Marie et Joseph en tout premier lieu, puis des pauvres bergers des alentours, enfin des mages venus de loin. Seuls en ont été exclus, par leur faute, les repus et les indifférents de Bethléem, les prêtres qui n'ont pas su allier à leur connaissance des Ecritures l'amour de Dieu, le peuple de Jérusalem, troublé par la nouvelle, mais trop superficiel pour bouger, et le roi Hérode cramponné à son trône et insensible à tout le reste. La joie de Noël est pour nous, si nous imitons Marie et Joseph, les bergers et les mages. Alors l'année 2012 sera pour nous, comme la précédente, une « année de grâce ».
Le « Prince de la Paix » qui nait dans l'étable ne donne pas la paix comme le monde la donne. Son royaume, qui s'étend sur ce monde, ne vient pas du monde et ne s'exerce pas selon les critères d'ici-bas. Dieu vient nous sauver, et pourtant le sang des Saints Innocents ne va pas tarder à couler, et il coule encore, à longueur de journées, dans nos hôpitaux et dans l'indifférence quasi générale (« sous nos fenêtres » comme le chante dans une émouvante et belle chanson Patrice Martineau). Et le crime est remboursé par la Sécurité Sociale ! L'ange n'a pas non plus promis une belle maison dans un beau quartier à la Sainte Famille. La fuite en Egypte a été leur lot, puis ce sera la digne pauvreté de Nazareth. Et plus tard le Seigneur ne se fera pas conteur de boniments. Il apporte le salut, la sainteté, la Vie Eternelle, l'Esprit-Saint, la joie qui ne se perd pas. Mais aussi l'incompréhension, la persécution, la mort cruelle... la croix.
La vraie bonne nouvelle, c'est de savoir que précisément la croix, le péché de l'homme, la mort qui en est la conséquence, n'ont pas le dernier mot. C'est de savoir et d'expérimenter dans le Christ que l'Amour est vainqueur, qu'il est une force divine parce qu'il vient de Dieu et que cette force est communiquée au cœur de l'homme, à la mesure de son humilité, de son abandon, de sa confiance, de son désir.
Je ne sais pas si cette année verra une amélioration de la situation politique, économique, sociale, culturelle, religieuse de notre
pays qui est, peut-être plus encore qu'au temps de sainte Jeanne d'Arc « en grande pitié ». A vue humaine, c'est peu probable. On peut de même légitimement craindre que les persécutions contre
les chrétiens ne fassent que se multiplier dans le monde et devenir toujours plus sanglantes. Mais que cela ne nous fasse pas perdre notre joie qui est « le secret gigantesque du chrétien » pour
reprendre le mot bien connu de Chesterton. Joie d'être sauvé, joie d'être aimé d'un amour fou et éternel, joie d'être pardonné, attendu, désiré, appelé. Joie d'aimer en retour et de témoigner de
la nouveauté que l'évangile du Christ a introduit dans le monde. Pour tout cela : Gloire à Dieu ! Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit, maintenant et toujours et dans les siècles des
siècles. Amen.
Abbé Hugues de MONTJOYE
Recteur
