Si certains évêques renâclent face au Motu proprio Summorum Pontificum au point que Rome devrait prochainement publier une « explication » de ce texte, Mgr Jean-Pierre Cattenoz, archevêque d’Avignon, érige dans son diocèse l’association sacerdotale Totus tuus destinée aux prêtres diocésains qui célèbrent selon la forme extraordinaire du rite romain. Entretien avec le modérateur, notre collaborateur l’abbé Christian Gouyaud, curé de la paroisse personnelle de la Croix glorieuse à Strasbourg et avec le secrétaire, l’abbé Tancrède Leroux, recteur de l’église Saint-Georges à Lyon.
1) La Nef : Pourquoi avoir créé l’association de prêtres Totus tuus?
Abbé Gouyaud : Encouragées par l'Eglise, les associations sacerdotales « proposent une règle de vie adaptée et dûment approuvée,
et un soutien fraternel qui aident les prêtres à se sanctifier dans l'exercice du ministère ». L'association Totus tuus offre cette règle et ce soutien aux prêtres diocésains « attachés à
la "forme extraordinaire de l'unique rite romain" » et engagés dans l'application du Motu proprio Summorum pontificum. Cependant, la Charte de l'Association dépasse ce cadre liturgique. Comme
l'a souligné Mgr Cattenoz, l'option d'une forme liturgique ne suffit pas à fonder une spiritualité sacerdotale. Nous sommes plusieurs à en avoir fait l'expérience.
Abbé Leroux : Les prêtres à l’origine de l’association appartiennent à la « génération Jean-Paul II ». De là, sa
devise épiscopale – Totus Tuus - comme nom de l’association et surtout sa piété mariale comme l’un des fondements de notre spiritualité.
2) Pourriez-vous nous expliquer quel sera le cheminement pour un jeune garçon ayant une vocation et qui serait intéressé de rejoindre
l'association ?
A. L. : L'association n'incardine pas de prêtres. Se former en vue du sacerdoce et rejoindre l'association sont donc deux questions différentes. Cependant nous portons le souci des vocations et des candidats au sacerdoce sont en lien avec l’association. Il n'est peut être pas utile de multiplier les séminaires ? Pourvu que la formation prenne en compte le critère indispensable d'une « herméneutique de la réforme dans la continuité de l'unique sujet-Eglise », concernant l'enseignement depuis Vatican II, des séminaristes peuvent être intégrés dans un séminaire diocésain où l'expression liturgique traditionnelle serait prise en compte et respectée. Aujourd’hui de telles possibilités existent et se mettent en place pour les jeunes attachés à cette liturgie.
3) Cette association est-elle un fruit du Motu proprio et en quoi ?
A. G. : Cette association était déjà en chantier avant la promulgation du Motu proprio. Erigée après la publication de ce texte, elle constitue, de la part de Mgr Cattenoz, une réponse positive et originale à ce que souhaite Benoît XVI. Contrairement à ce qui a pu être parfois dit, les évêques n'ont pas perdu la main dans ce dossier : la solution apparente d'un diocèse personnel ou d'une administration apostolique a été écartée, pour ne pas soustraire ce type de ministère à leur juridiction. Il est donc particulièrement heureux que des évêques prennent des initiatives dans ce sens. Deux écueils doivent être évités : l'opposition d'une fin de non recevoir à une telle demande des fidèles ; l'octroi d'un statut « à part » qui marginalise ce type de célébration. Comme je l'ai déjà écrit dans La Nef , en s'adressant principalement aux curés qui accueillent le tout-venant sans sectorisation a priori de leur sollicitude pastorale, Benoît XVI normalise cette forme liturgique par sa dévolution au niveau le plus élémentaire qu'est la paroisse.
4) Ne craignez-vous pas de faire concurrence aux instituts Ecclesia Dei ?
T.L. : Le premier impact du Motu proprio devrait être de désenclaver la forme liturgique traditionnelle. A partir de là, il y aura du travail pour tous ceux qui veulent exercer un ministère pastoral en vertu d’une mission reçue par l’évêque du lieu. Nous souhaitons surtout mettre l'accent sur cette cohérence demandée par le Pape de ne pas exclure en pratique de célébrer aussi selon la forme ordinaire dès lors qu'on lui reconnaît d'être valide et sanctifiante, notamment par la concélébration qui est un signe de l'unité du presbyterium autour de l'évêque. L’association sacerdotale, de droit diocésain, n’est pas un institut de droit pontifical. En ce qui nous concerne, nous ne sommes pas du tout dans une logique d’exemption.
5) Comment voyez-vous l'avenir liturgique depuis la publication du Motu proprio ?
C.G. : Benoît XVI entend « parvenir à une réconciliation interne au sein de l'Eglise ». Les deux formes rituelles peuvent s'enrichir et, à terme, l'avenir est dans la fameuse « réforme de la réforme » qui conservera les aspects positifs de l’une et de l’autre. Les principes essentiels de la Constitution conciliaire sur la liturgie doivent d'ailleurs guider la célébration selon l'ancien missel, comme le recommandait le cardinal Ratzinger lors des 10 ans du Motu proprio Ecclesia Dei. Si, dans la situation présente, il faut mettre un terme aux abus liturgiques, il convient aussi d’éviter « les exagérations [qui] ne manquent pas, ni parfois des aspects sociaux indûment liés à l'attitude de certains fidèles attachés à l'ancienne tradition liturgique latine ». Heureusement, bien des fidèles souhaitent répondre au vœu d'unité ecclésiale et de pacification liturgique du Saint Père.
6) Sauf quelques exceptions, les évêques français ne semblent pour le moment pas vouloir profiter du Motu proprio pour établir une véritable
paix liturgique et faciliter les souhaits des fidèles attachés aux anciennes formes liturgiques : comment analysez-vous cela ?
T.L. : Des initiatives sont prises ici ou là. Mais, après seulement trois mois, un bilan n'est-il pas
prématuré ? Certains comportements revendicatifs ne sont peut-être pas les plus à même d'accréditer des demandes d'application du Motu proprio.
De part et d'autre, comme le souligne Benoît XVI dans sa lettre, c'est surtout l'ouverture de cœur qui permettra d'avancer. Collaborateurs de l'évêque et pleinement attachés à la forme extraordinaire
du rite romain, les prêtres de l'association Totus tuus souhaitent contribuer à dégager cette forme liturgique de certaines problématiques qui, à juste titre, inquiètent les pasteurs. Ils
sont reconnaissants aux évêques qui, parfois depuis plusieurs années, à la suite de Jean-Paul II puis de Benoît XVI, ont eu un comportement vraiment paternel pour les fidèles attachés à la forme
extraordinaire.
Avant et après les messes de 9 h 00 et de 18 h 30.
Lundi : Abbé Dor / Abbé de Montjoyes
Mardi
: Abbé de Montjoyes / Abbé
Leroux
Mercredi : Abbé Leroux / Abbé de Montjoyes
Jeudi : Abbé de Montjoyes / Abbé
Dor
Vendredi : Abbé Leroux / Abbé de Montjoyes
Samedi : Abbé Leroux
Abbé Tancrède Leroux, Recteur
Abbé Timothée Pattyn, Chapelain
Abbé Marc-Antoine Dor
Abbé Hugues de Montjoye